Reprendre un hôtel en 2026 : murs ou fonds, valorisation, financement, les points à vérifier

Reprendre un hôtel : plan de reprise

Le marché hôtelier français connaît une dynamique exceptionnelle depuis 2023, confirmée en 2025 et au premier semestre 2026. Avec 3 milliards d'euros investis en 2025 (44 % au-dessus de la moyenne des dix dernières années), 1,3 milliard au premier semestre 2026 (+40 %) et des performances d'exploitation qui dépassent désormais les niveaux d'avant-crise, reprendre un hôtel constitue aujourd'hui une opportunité particulièrement intéressante pour les entrepreneurs, investisseurs et professionnels du secteur. Contrairement aux bureaux ou aux commerces qui ont connu des baisses d'investissement de plus de 50 % en 2023, l'hôtellerie maintient des volumes significatifs et attire des profils variés : groupes hôteliers, family offices, fonds d'investissement et investisseurs individuels. La reprise d'un hôtel permet de bénéficier d'un outil d'exploitation immédiatement opérationnel, avec une clientèle existante, des équipes en place et une notoriété déjà établie. Chez NEOGEST, nous accompagnons les repreneurs à chaque étape de leur projet. Voici les points qu'il faut absolument maîtriser.

L'essentiel

Le marché est actif : 3 milliards d'euros investis dans l'hôtellerie française en 2025, 1,3 milliard au premier semestre 2026, en hausse de 40 %.

Reprendre les murs et le fonds sécurise l'emplacement mais mobilise deux à trois fois plus de capitaux ; reprendre le fonds seul expose au bail et au bailleur.

Un hôtel se valorise par un multiple de son excédent brut d'exploitation (ou de l'EBITDAR quand il est locataire), recoupé par le prix par chambre des transactions comparables.

Les banques demandent 30 à 40 % d'apport et prêtent autour de 3,5 % sur 7 ans en 2026.

Avant de signer : trois ans de comptes, l'état du bail, les travaux de mise aux normes, le personnel repris et les contrats OTA. Notre check-list d'audit reprend chaque point.

Mis à jour le 5 novembre 2026.

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Faut-il reprendre les murs et le fonds de commerce ou uniquement le fonds ?

Cette question constitue le premier arbitrage stratégique et financier que tout repreneur doit trancher. La réponse dépend de votre profil, de vos capacités financières, de votre projet et de votre horizon d’investissement.

Qu'est-ce que la reprise en murs et fonds ?

La reprise en murs et fonds signifie que vous achetez à la fois l’actif immobilier (les locaux, le terrain, le bâtiment) et l’actif d’exploitation (le fonds de commerce hôtelier). C’est la formule la plus fréquente sur le marché hôtelier et la structure privilégiée par les investisseurs.

Les avantages de cette approche sont substantiels. Vous devenez propriétaire de l’intégralité de l’outil de travail, ce qui vous confère une totale liberté de gestion et d’aménagement. Vous ne payez aucun loyer à un tiers, ce qui améliore mécaniquement votre rentabilité opérationnelle. À long terme, vous bénéficiez de la revalorisation potentielle de l’actif immobilier, qui représente souvent une partie significative de votre patrimoine professionnel.

À titre indicatif, selon les transactions récentes, le prix par chambre varie considérablement selon la localisation et la catégorie. À Paris, comptez entre 500 000 € et 2,5 millions d’euros par chambre pour un établissement 4 ou 5 étoiles en murs et fonds, tandis qu’en province, les prix oscillent entre 100 000 € et 400 000 € par chambre pour un 3 ou 4 étoiles.

Cependant, cette option exige un apport initial très conséquent. Avec des taux de crédit aux PME autour de 3,5 % en 2026 (3,2 à 3,9 % sur sept ans selon le profil), les banques demandent désormais des apports en fonds propres de 30 à 45 %, contre 20 à 30 % avant 2022. Pour un hôtel valorisé à 5 millions d’euros, prévoyez entre 1,75 et 2,25 millions d’euros d’apport personnel ou d’associés.

Qu'implique la reprise du fonds de commerce uniquement ?

La reprise du fonds de commerce seul consiste à acheter uniquement l’exploitation hôtelière, tout en devenant locataire des murs via un bail commercial. Cette formule nécessite un investissement initial beaucoup plus accessible, généralement 3 à 5 fois inférieur à l’achat en murs et fonds.

Cette structure est particulièrement adaptée aux repreneurs disposant d’une capacité d’investissement limitée ou souhaitant tester un concept avant de s’engager plus lourdement. Le fonds de commerce représente classiquement entre 15 et 25 % de la valeur totale d’un actif hôtelier mature.

Toutefois, vous devrez verser un loyer mensuel au propriétaire des murs, généralement calculé en pourcentage du chiffre d’affaires (8 à 15 % du CA HT) ou sous forme de loyer fixe. Cette charge récurrente impacte directement votre rentabilité. De plus, vous dépendez du propriétaire pour tous les travaux de gros œuvre et d’amélioration structurelle de l’établissement, ce qui peut limiter votre capacité à faire évoluer votre positionnement.

Cas type de reprise en fonds de commerce seul

Prenons un hôtel 2 étoiles de 30 chambres en périphérie d’une grande ville de province, dont l’ensemble murs et fonds vaudrait environ 1,8 million d’euros. Le fonds seul peut se négocier autour de 350 000 €. Le repreneur paie alors un loyer de l’ordre de 6 000 € par mois, soit environ 12 % de son chiffre d’affaires, et démarre avec un apport d’environ 120 000 €. À terme, l’acquisition des murs reste une piste pour sécuriser l’investissement et cesser de payer un loyer.

Quelle option choisir selon votre profil ?

Si vous disposez d’une capacité financière solide et envisagez un projet à long terme (10 ans et plus), privilégiez la reprise en murs et fonds. Cette structure vous offre la maîtrise complète de votre outil et vous permet de capitaliser sur la valorisation immobilière.

Si votre priorité est de limiter l’investissement initial ou de tester un premier projet hôtelier avant de vous développer, optez pour la reprise du fonds uniquement. Cette approche vous permet de vous concentrer sur l’exploitation et de prouver votre capacité à générer des résultats avant d’investir plus massivement.

Dans certains cas, une stratégie hybride peut être envisagée : reprendre d’abord le fonds, puis négocier avec le propriétaire une option d’achat des murs à moyen terme, une fois que vous aurez démontré votre capacité à développer l’exploitation.

Récapitulatif des deux options

  • Murs et fonds : maîtrise totale de l'actif, pas de loyer, capitalisation immobilière à long terme, mais apport personnel élevé (35 à 45 %)
  • Fonds de commerce seul : ticket d'entrée 3 à 5 fois inférieur, idéal pour un premier projet, mais loyer mensuel récurrent (8 à 15 % du CA) et dépendance au bailleur
  • Stratégie hybride : reprise du fonds dans un premier temps, puis négociation d'une option d'achat des murs à moyen terme
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Comment évaluer correctement la valeur d'un hôtel ?

L’évaluation d’un actif hôtelier ne s’improvise pas. Elle requiert une analyse approfondie des performances économiques, de l’état de l’actif immobilier et du potentiel de développement futur. Une erreur d’appréciation peut vous coûter des centaines de milliers d’euros ou compromettre la viabilité de votre projet. L’outil interactif ci-dessous détaille les indicateurs financiers à surveiller, les méthodes de valorisation à employer et les pièges à éviter lors de votre due diligence.

Évaluer la valeur d'un hôtel
Guide d'acquisition hôtelière

Comment évaluer correctement la valeur d'un hôtel avant de le reprendre ?

L'évaluation d'un actif hôtelier ne s'improvise pas. Elle requiert une analyse approfondie des performances économiques, de l'état de l'actif immobilier et du potentiel de développement futur. Une erreur d'appréciation peut vous coûter des centaines de milliers d'euros ou compromettre la viabilité de votre projet.
Quels sont les indicateurs financiers essentiels à analyser ?

Le premier indicateur à examiner est le RevPAR (Revenue Per Available Room), qui mesure le revenu hébergement moyen par chambre disponible. Cet indicateur reflète à la fois le taux d'occupation et le prix moyen pratiqué. En 2025, le RevPAR moyen des hôtels français s'établit autour de 85 €, pour un taux d'occupation de 64 à 66 %, mais il atteint 195 € à Paris : ces moyennes masquent d'importants écarts selon la région et la catégorie.

RevPAR France
85 €
Moyenne 2025, toutes catégories
RevPAR Paris
195 €
Moyenne 2025, record d'occupation à 82 %
RBE Sain
25 - 40%
Du chiffre d'affaires selon catégorie

Le Résultat Brut d'Exploitation (RBE), équivalent au GOP (Gross Operating Profit) dans le référentiel international, constitue l'indicateur central de la performance opérationnelle. Il correspond au résultat d'exploitation avant imputation des charges de structure immobilière (loyer, taxe foncière, amortissements, frais financiers). Un RBE sain se situe entre 25 et 40% du chiffre d'affaires selon la catégorie et les prestations offertes.

Vérifiez systématiquement la structure des revenus. Un hôtel générant 87% de ses revenus sur l'hébergement (moyenne nationale) présente un profil différent d'un établissement équilibré avec 70% d'hébergement, 25% de restauration et 5% d'autres revenus (spa, séminaires, etc.). Plus les sources de revenus sont diversifiées, plus l'exploitation est résiliente.

Comparatif des structures de revenus
Type d'établissement Hébergement Restauration Autres revenus
Moyenne nationale 87% - -
Établissement équilibré 70% 25% 5% (spa, séminaires, etc.)

Analysez également l'évolution des charges d'exploitation. Les frais de personnel représentent généralement 30 à 40% du chiffre d'affaires total. Les coûts énergétiques, qui ont fortement augmenté en 2022-2023, doivent être scrutés avec attention. Un hôtel dont les charges énergétiques dépassent 4% du CA mérite une attention particulière, car cela peut révéler une isolation déficiente ou des équipements énergivores.

Frais de personnel
30 - 40%
Du chiffre d'affaires total
Seuil d'alerte énergétique
> 4%
Du CA = isolation ou équipements à surveiller
Quelle méthode de valorisation utiliser pour un hôtel ?

La méthode la plus couramment utilisée est l'approche par capitalisation des résultats. Elle consiste à appliquer un taux de capitalisation au RBE moyen des trois dernières années (ou au RBE normatif anticipé). Le taux retenu dépend de l'emplacement, de l'état de l'immeuble et de la solidité de l'exploitation : plus l'actif est sûr, plus le taux est bas et la valeur élevée.

Formule simplifiée
Valeur = RBE annuel moyen / Taux de capitalisation
Exemple chiffré

Par exemple, un hôtel générant un RBE annuel moyen de 400 000 € avec un taux de capitalisation de 5,5% se valoriserait approximativement à 7,3 millions d'euros (400 000 / 0,055).

La méthode par comparaison avec les transactions récentes constitue également un outil précieux. Analysez les ventes d'établissements comparables dans la même zone géographique. Le prix par chambre des ventes récentes de la même zone et de la même catégorie sert de garde-fou : un écart important avec la valeur obtenue par le résultat doit être expliqué. Pour une première estimation, utilisez notre simulateur de valorisation d'un hôtel.

Ne négligez jamais l'approche patrimoniale, particulièrement pour les établissements dont l'immobilier représente une valeur importante. Faites évaluer les murs par un expert immobilier indépendant, puis ajoutez la valeur du fonds de commerce, généralement estimée entre 1 et 3 fois l'EBITDAR (RBE retraité des redevances de gestion).

Taux de capitalisation
Variable
Selon l'emplacement, l'état de l'immeuble et l'exploitation
Valorisation du fonds
1 - 3 ×
L'EBITDAR (RBE retraité des redevances de gestion)
Quels sont les pièges à éviter lors de l'évaluation ?

L'évaluation d'un actif hôtelier comporte plusieurs risques majeurs. Cliquez sur chaque piège pour en découvrir le détail.

Méfiez-vous des résultats exceptionnels sur une seule année +
Un hôtel qui affiche un RBE exceptionnel en 2024 grâce à un événement ponctuel (Jeux olympiques de Paris, événement local majeur) ne reproduira peut-être pas cette performance les années suivantes. Exigez toujours les comptes des trois dernières années minimum et retraitez les données pour obtenir une vision normative.
Vérifiez l'existence de travaux importants à prévoir +
Une toiture à refaire (100 000 à 300 000 €), une mise aux normes énergétiques obligatoire, ou le remplacement complet d'une chaufferie peuvent représenter des investissements substantiels qui doivent être déduits de la valeur de l'actif ou négociés dans le prix d'acquisition.
Attention aux contrats en cours qui peuvent impacter la valorisation +
Un contrat de gestion avec une enseigne assorti de redevances élevées, un bail précaire sur une partie de l'activité, ou des contrats fournisseurs désavantageux doivent être identifiés et leur impact chiffré.
Ne vous fiez pas uniquement aux chiffres présentés par le vendeur +
Faites réaliser une due diligence financière approfondie par un expert-comptable spécialisé dans l'hôtellerie. Chez NEOGEST, nous constatons régulièrement des écarts de 15 à 25% entre les chiffres annoncés et la réalité économique de l'exploitation après analyse détaillée.
Écart constaté chez NEOGEST
15 à 25% entre les chiffres annoncés et la réalité
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Les dix vérifications avant de signer

Une reprise se joue dans l'audit préalable. Voici les dix points que nous passons en revue avec chaque repreneur, détaillés dans notre check-list d'audit comptable et financier.

  1. Trois exercices de comptes, avec le détail du chiffre d'affaires par mois et par segment (hébergement, restauration, annexes).
  2. Le bail commercial : durée restante, loyer, clauses de révision, travaux à la charge du preneur, droit au renouvellement.
  3. L'état du bâtiment et les travaux de mise aux normes (incendie, accessibilité, performance énergétique) à chiffrer avant l'offre.
  4. Le classement Atout France, sa date de validité et les critères qui pourraient faire perdre une étoile.
  5. Le personnel repris : contrats, ancienneté, avantages acquis, litiges prud'homaux en cours.
  6. Les contrats de distribution (OTA, agences, corporate) et la part des réservations directes.
  7. Les dettes sociales et fiscales, les échéanciers en cours et les contrôles passés.
  8. La taxe de séjour collectée et reversée, souvent source de régularisation.
  9. Les assurances et sinistres des trois dernières années.
  10. Les retraitements de l'EBE : rémunération du dirigeant, loyers entre sociétés liées, charges exceptionnelles.
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Questions fréquentes

Vaut-il mieux reprendre les murs ou seulement le fonds ?

Les murs sécurisent et constituent un patrimoine, mais demandent beaucoup plus d'apport. Le fonds seul permet de démarrer avec moins de capitaux, au prix d'un loyer et d'une dépendance au bail.

Comment savoir si le prix demandé est juste ?

En rapprochant le multiple d'EBE proposé des transactions comparables et du prix par chambre, et en vérifiant que l'EBE présenté est bien retraité des éléments non récurrents.

Les salariés sont-ils repris avec l'hôtel ?

Oui, les contrats de travail sont transférés automatiquement avec le fonds, ancienneté comprise.

Quel délai pour une reprise ?

Six à douze mois entre la lettre d'intention et la signature, audits et financement compris.

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Reouven Aboulker, expert-comptable et commissaire aux comptes

Reouven Aboulker

Expert-comptable et commissaire aux comptes, fondateur de NEOGEST

Inscrit à l’Ordre des experts-comptables de Paris, Reouven Aboulker accompagne les TPE et PME, et en particulier les hôtels, cafés et restaurants, depuis ses bureaux de Paris 9e et 16e.

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